Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Kaïsha (3ème partie)

Publié le par Akhi_Biggii

Il baissa le volume de sa radio. Son visage ne reflétait aucune humeur, aucun signe pour que je puisse avoir une idée de ce dont il voulait me parler. Je cherchais maman du regard. C'est toujours elle qui me sortait de ce genre de situation. Serait-ce par rapport à mon résultat? Ou bien c'est en rapport avec le fameux paquet d’Hussein? Faut dire que papa ne m'avait jamais donné son point de vue sur celui qu'il appelait "le jeune homme". «Seigneur!»

« Tu sais que depuis que tu es née, tu as toujours été une source de fierté et de bonheur pour ton vieux père. Tu m’as rarement déçu et tu m'as toujours obéis. Toute la communauté parle de toi en bien. Je veux aussi que tu saches que je ne ferai rien te concernant sans t'en parler avant »

Je me posais mille questions, où est ce qu'il voulait en venir? Je le laissais continuer

« J'ai reçu une délégation ce matin. Ils se sont présentés comme étant la famille de Hussein et ils sont venus demander ta main pour leur fils »

Je restais silencieuse, tête baissée pendant quelques minutes, des larmes perlaient sur mes joues. « Ma fille, je ne t'obligerai jamais à faire quoi que ce soit si tu n'as pas envie. Mais tu auras 21 ans bientôt. C'est assez. J'ai épousé ta mère quand elle n'avait que 18 ans et même notre prophète (SAW) a demandé la main d’Aïcha (qu’Allah l’agréée) alors qu'elle n'avait que 9 ans. En plus Hussein est un bon garçon, responsable, respectueux et il est bon musulman en plus, il a une situation stable, il pourra donc s'occuper de toi ». Je me sentais coupable d'avoir mis mon père mal à l'aise à cause de mes larmes. Il s'est peut-être dit que j'étais triste.

« Papa, tu sais que je t'aime et je sais que tu tiens à moi, mais tu vas devoir me laisser devenir une Diarra maintenant » Et je me mis à rire. C'était donc ça ma surprise, la surprise d'Hussein. Le mariage! Moi, Mme Diarra, mère de petits Diarra, épouse d’Hussein Diarra. Le klaxon d'une voiture à l'entrée de la cour me sortit de mes rêvasseries, c'était Hussein. Je courus le rejoindre et dès qu'il me vit

« Ne dis surtout rien et écoute moi! Je t'avais dit que Sourire était Sunna mais moi j'arrivais plus à sourire depuis un moment. Je priais Allah pour qu'il m'aide à le retrouver et je compris enfin. Je voudrais m'excuser Aïsha, je n’ai pas pu avoir de jus de fruits pour te désaltérer mais, il se mit à genoux, j'ai quelque chose pour que tu ne puisses plus avoir soif. Accepterais-tu d'être Mme Diarra? »

[…]

La mosquée était pleine. L'Imam prodiguait les derniers conseils pour un mariage réussi en Islam. Tout le quartier y était. Mon père avait l'air fier et il exhibait Hussein comme un trophée, il était fier que sa fille ait pu trouver enfin l'homme qu'il lui fallait. S'en suivit les félicitations. J'étais enfin, devant Allah, Mme Diarra, la Hallal de Hussein Diarra...

[…]

Yasmina venait d'avoir 3 ans, Oumar 1 an. Dieu nous avait gratifiés de 2 enfants magnifiques et d'une belle vie paisible. Tout ce dont une croyante pouvait rêver, je l'avais Masha Allah. Mr Diarra était mon mari, mon ami, mon imam, mon frère, mon fils et mon père en même temps. Il était doux, attentionné. Il me faisait toujours autant rire. C'était un homme exceptionnel. Moi j'avais décidé de ne pas travailler, de rester à la maison pour m'occuper de la maison et des enfants, comme ma mère. Certaines trouveraient que c'est une mauvaise décision et que j'acceptais d'être une esclave mais moi je me sentais bien comme ça. J'ai accepté d'être une épouse selon ma religion. En plus, Hussein gagnait largement assez pour que nous puissions vivre aisément. On avait un bel appartement dans un quartier chic. Samira passait de temps en temps pour discuter. Elle était fiancée et elle me rappela sans cesse « Mon mari sera mieux que mon frère, tu verras » moi je lui répondais toujours « Tu es jalouse parce que ton frère sera jamais ton mari » Ma belle-sœur était comme son frère, têtue, drôle et très affectueuse. Je l'aimais elle aussi.

Hussein rentrait toujours vers 20h et je m'arrangeai à ce que la maison soit propre et la table mise avant son arrivée. Moi et ma "rivale" Yasmina nous occupions toujours de son accueil. Quand il rentrait, il disait toujours « Aïsha, tu vois le travail que Yasmina fait avant que je rentre? Elle range toujours la maison, elle fait de la bonne cuisine. Tu devrais t'inquiéter toi » Et il m'embrassa tendrement, c'était ma punition pour n'avoir rien fait. Ma voisine me demandait toujours « Comment tu fais pour ne pas t'ennuyer dans cette vie de couple? ». Contrairement aux apparences, je n'étais pas prisonnière. Hussein et moi sortions très souvent, restaurants, parc d'attractions avec les enfants, plages, cinémas et pleins d'autres trucs. Ma voisine était une féministe très engagée, surtout quand ça l'arrangeai. Roxane avait la trentaine et elle était sage-femme dans une clinique de la place. Elle était divorcée et avait décidé de ne plus entendre parler de mariage. Elle me faisait rire tout le temps quand elle endossait sa robe d'avocate de la femme. Je passais de temps en temps la voir quand j'avais besoin de bavarder et elle passait déjeuner souvent à la maison. Je l'appréciais beaucoup.

[…]

Pour notre 5ième anniversaire de mariage, Hussein obtint un congé d'une semaine. Le lundi, qui était férié de toute manière, on organisa un déjeuner pour toute la famille juste après la lecture coranique, faite par l'imam du quartier, un homme assez jeune mais pourtant plein de science. Maman et Papa était là. Hussein ne manqua pas de les taquiner un peu « Hadja et El Hadj, toujours aussi collés l'un à l'autre. Hadja va falloir le détacher un peu heun, j'ai besoin de ses conseils pour que ma Aïsha ne se lasse jamais de moi, même après nos 50 ans de mariage ». Les fous rires ne manquaient jamais quand ces trois-là étaient réunis. Hussein considérait papa comme son père parce qu'il n'a pas vraiment connu le sien, il était mort alors qu'il n'avait que 4 ans. Sa mère, elle, était une femme pleine de bonté et de sagesse. Je ne la voyais pas souvent, elle résidait à Dubaï, mais les conseils qu'elle me donnait les fois où on avait l'occasion de parler m'étaient d'une grande aide dans ma vie de couple. A notre 3ieme anniversaire, Elle nous avait offert des billets pour qu'on aille la voir, juste parce qu'elle voulait m'apprendre à cuisiner le plat préférée d'Hussein. Je l'aimais beaucoup elle aussi. Après le déjeuner, quand tout le monde fut parti, Hussein m'aida à ranger l'appartement. Samira était restée aussi. On avait prévu sortir diner donc elle allait faire la Baby Sitter ce soir. Yasmina était très contente d'avoir sa marraine pour la soirée quand à Oumar, lui, tant qu'il n'a pas faim, tout va bien. Hussein avait mis un très beau costume noir, avec une chemise rouge bordeaux et les souliers Melvin&Hamilton que je lui avais offert. Moi j'avais mis la très belle robe de soirée rouge bordeaux qu'il m'avait lui aussi offerte, pas trop moulante et sans oublier le Hijab qui va avec. On était tout beau. J'étais vraiment fière de mon homme et les étincelles qu'il y avait dans ses yeux me prouvait que c'était réciproque, la nuit s'annonçait très romantique

[…]

Roxane Bara Soro était assez spéciale. Ses réflexions, ses opinions, tout ce qu'elle disait était totalement à part. La "religieuse universelle" comme elle aimait s'autoproclamer à chaque fois que je lui parlais de religion. Sans trop savoir comment, ses grands parents paternels et maternels étaient musulmans, son père était animiste et sa mère chrétienne. Elle disait qu'à défaut de faire un choix, elle les acceptait tous. En effet, de temps en temps, Roxane se rendait à l'église et à la mosquée, c'est d'ailleurs dans ce dernier endroit que nous nous sommes vraiment parlé pour la première fois. C'était une femme de caractère mais qui ne savait pas, la plupart du temps, ce qu'elle voulait. Tantôt «Moi j'aime bien les hommes comme ton mari, il est doux et attentionné. Il te donne tout ce que tu veux. C'est ça un homme.». Tantôt «Ton mari est trop calme, ce n’est pas bon! Il faut qu'il soit assez sévère et moins attentionné. C'est ca un homme». Cette dernière remarque était dû au fait que je lui ai expliqué le déroulement du dîner, ce qui me valut un monologue entier sur les vrais qualités d'un homme. Je ne sais même pas ce qui m'a pris de lui raconter ça, ce n'est vraiment pas dans mes habitudes de lui parler de mes histoires de couples. Je mis ça sur le compte de la trop grande joie que m’ont procuré ces instants magiques. Roxane, quand à elle, pouvait parler pendant des heures et des heures de tout et de rien. Une vraie pipelette. J'avoue que plus d'une fois, j'ai failli lui taper sur la bouche tant elle m'agaçait. Son sujet de prédilections, les hommes riches. J'ai beau lui dire que ca ne lui apportera rien de bons mais elle s'entêtait. J'étais devenu son dictaphone quand il s'agissait de raconter ses différents rendez-vous. Elle m'a même montré quelques sites de rencontres, des sites de discussion et de messagerie instantanée. Moi cela ne m'intéressait pas vraiment. C'est vrai que j'ai demandé à Hussein d'installer l'internet à la maison mais c'était plus pour aller sur des forums de discussions et rester plus en contact avec mes frères à l’extérieur et surtout ma belle-mère Mme Diarra. C’est justement ce qui m’avait amené chez elle cet après-midi, je voulais qu’elle m’explique le fonctionnement de Skype.

«Attends Aïsh, t’es sérieuse là ? ». Elle était morte de rire

« Regarde Roxanne, si c’est pour te moquer de moi ce n’est pas la peine heun, moi je vais rentrer »

« Non mais attends attends, elle était pliée de rire, c’est quand même incroyable de ne pas maitriser ça actuellement là »

« Tu voulais que je fasse quoi avec avant. C’est maintenant que j’en ai besoin. Toi à part ça, tu sais faire quoi d’autre avec ton ordinateur ? »

« A quoi veut tu qu’un ordinateur me serve à part ça ? »

J’éclatais de rire sur le coup. Vous voyez maintenant à quel point elle était spéciale. Dès le soir, je me mis à explorer de fond en comble Skype, et la première personne que je pus contacter était mon frère, Abdoul, celui qui venait juste avant moi. Il était footballeur en Turquie. On n’a pas bavardé longtemps mais il eut le temps quand même de me chahuter sur le fait que je décidais enfin de m'intéresser à internet. Faut dire qu'à part les recherches scolaires que je faisais et les recherches Islamiques, Internet ne me disait pas grand chose, au contraire. Et la suite des évènements me donnera raison.

Je venais à peine de faire coucher les enfants pour leur sieste. Je m'étendis sur le divan du salon après avoir parler à Hussein au téléphone. Il devait recevoir des collègues à la maison donc il voulait me prévenir pour que je fasse plus à manger. J'ouvris ensuite mon ordinateur, histoire de faire un peu de recherches sur les prières nocturnes. J'ouvris la page de Google et je tapais ma recherche. Plusieurs pages s'affichèrent. En fouillant, je suis tombé sur un forum de discussion qui a attiré mon attention. Le thème était "Internet, outil de substitution à la prière de consultation?" et comme chaque forum de discussion, le débat était assez houleux. Je me mis à lire les commentaires. A peine je venais de commencer qu'on sonna. " Une sonnerie longue, deux sonneries courtes, c'est Roxanne ".

«Hey Aïsha! Tu faisais quoi? Depuis là je sonne»

«J'étais en train de réfléchir si je devais t'ouvrir ou pas»

«Ouais je sais que je te dérange mais fallait que je te parle d'un truc»

«Non mais je te taquinais de toute façon, vas y entres»

«Tu te rappelles de Marc? Celui qui m'avait invité à venir le voir au Cameroun là?»

"Et c'est reparti", me suis-je dis intérieurement. «Oui je vois, le fameux docteur»

«Exactement, figure toi que hier j'ai chatté avec un de ses collègues. Un gars super sympathique et très amusant»

«Roxanne! Tu ne trouves pas que tu exagères un peu?»

«Nooon! Tu n'y es pas du tout. Figure-toi qu'il est très ancré dans la religion et il est musulman. Quand on parlait, il m'a dit qu'il cherchait quelqu'un qui partage son amour pour l'Islam pour bavarder, vu qu'il était nouveau dans la ville et vu qu'il n'allait pas durer là bas et viendra s'installer ici, il veut préparer le terrain, tu vois non?»

«Donc??»

«J'ai pensé à toi direct. J'ai l'impression que tu t'ennuies à toujours parler aux mêmes personnes et puis ca te fera du bien, vous augmenterez vos connaissances»

«Roxanne, tu sais que je suis mariée, pourquoi tu veux que je discute avec un parfait inconnu sur internet. Si c'est pour les connaissances, j'ai des sites et des forums pour ça»

«Donc une femme mariée n'a pas le droit de sympathiser avec d'autres hommes? Chez vous là c'est fort dèh! Je lui ai déjà parlé de toi de toute manière»

«Et tu lui as di quoi?»

«Tout ce que tu m'a dis. Je te connais tellement à force. Je lui ai di que tu es mariée et que ça n'allait surement pas t'intéresser mais figure toi qu'il a une fiancée. Donc ce n'est surement pas pour ce que tu penses»

«Toi tu fais comme si tu ne les connais pas»

«Lui il est sérieux, j'en suis sure. Il cherche juste un frère ou une sœur pour bavarder. Si je connaissais un homme musulman, je t'aurais épargné ça. S'il te plait, discutes avec lui une fois seulement, si il ne t'inspire toujours pas confiance, tu laisses tomber»

«Toi façon tu insistes là, c'est que y'a tes intérêts quelque part»

«Bien sur!, elle se mit à rire, Il dira forcement à mon Marc que je l'ai vraiment aidé et c'est des points que je récupère»

«Tu es grave Roxi»

«Ma chère, je suis amoureuse. Bon faut que je te laisse, j'ai des pâtes sur le feu, on se voit tout à l'heure»

Je la raccompagnais à la porte et je revins m'étendre dans le divan. A peine, je rallumais mon écran, l'Adhan retentit, il était déjà 16h. Ce soir-là, Hussein rentra plus tôt que prévu, histoire de se changer pour recevoir ses invités

«Mon bébé, ta journée s'est bien passée?»

«Oui chérie, comme d'habitude Roxanne est venu me tenir compagnie»

«Faut que je passe moins de temps au boulot moi, tu risques de t'attacher à elle et ne même plus avoir du temps pour moi»

«Tu t'amuses j'espère, dis-je en riant, Roxanne t'apprécie tellement qu'elle me tuerait si elle savait que je me lassais de toi»

«Tu as vu? C'est de sa réaction que tu as plus peur heun. Sinon la grande tristesse dans laquelle tu vas me plonger là, ce n’est pas ton problème»

«Hussein Diarra, vous êtes fou»

«Non je ne suis pas fou! Je suis malade. J'ai la "Aïshoucitose aigu"»

Il m'enlaça tendrement.

«Je t'aime Mr Diarra»

«Je t'aime Mme Diarra».

La sonnerie nous ramena à la réalité

«Mince, il est déjà 21h. Et je ne suis même pas prêt. Ça doit être eux. Tu peux les recevoir, le temps que je finisse?»

«A vos ordres, Capitaine!»

Ils étaient déjà installés quand Hussein sortit de la chambre. Une fois les présentations faites, on passait à table. Le diner se déroulai dans une bonne ambiance.

Je n’arrivais pas à trouver le sommeil donc j'ouvris mon ordinateur, histoire de voir si l'un de mes frères étaient connectés. Personne. Par contre je reçus un mail de la part d'un certain "Docteur K", vu le contenu du mail, ça devait être le frère dont m'avait parlé Roxanne. Le mail contenait ses coordonnées Skype et il me demandait de l'ajouter si je suis d'accord. Je décidais d'ignorer son mail, je fermais l'ordinateur et je partis me coucher.

[…]

Les semaines passèrent, aussi paisibles que rapides. J'avais l'impression que plus le temps passait, plus moi et Hussein on s'aimait. La bénédiction de Dieu nous avait couvert et nous protégeait. Nos disputes étaient rares et courtes. On arrivait jamais vraiment à se fâcher l'un contre l'autre. Cet après-midi, j'avais rendez-vous Skype avec Samira. Elle était en voyages de noces au Maroc. Son fiancée avait finit par faire le pas. Mais je reçu un mail de sa part, elle ne pourra se connecter que dans la nuit. Je me retrouvai maintenant à parcourir mes mails sans vraiment savoir ce que je cherchais. Je tombai encore sur le mail de "Docteur K". La curiosité me poussa à enfin lui répondre, je lui envoyai mes coordonnées Skype et je lui dis de m'ajouter. Les minutes qui suivirent, je reçu un message. Ca devait être lui. La première discussion qu'on eu ne fut pas longue. Il sentit que j'étais sur la défensive, il me rassura et me demanda de prendre le temps qu'il me fallait et qu'il comprenait ma réaction mais que ses intentions étaient correctes.

Le lendemain, ce fut la même chose mais j'étais moins agressive. Il m'a expliqué que sa fiancée ne voulait pas mettre le voile donc il voulait des conseils pour pouvoir la convaincre. J'essayais de l'aider à coups d'anecdotes et de hadiths. Mais cette fois ci, force est de reconnaitre que j'étais plus détendue. De fil en aiguille, je m'habituais totalement à lui. On ne discuta que les week-ends, ensuite pratiquement toute la semaine. Il avait de bonnes connaissances donc il m'aidait souvent à comprendre certaines choses, moi aussi je l'aidais avec sa fiancée. Mais j'avais l'impression que plus je l'aidais, plus ca allait mal entre eux. Ceci se confirma quand il m’apprit qu'ils avaient rompu tout juste parce qu'elle trouvait qu'il exagérait avec cette histoire de voile. Je le réconfortai de mon mieux, je lui dit qu'un homme investi dans la religion comme lui méritait surement une femme plus pieuse et qu'il devait considérer cette séparation comme l'œuvre d'Allah pour pouvoir lui offrir mieux, il fallait juste qu'il prie.

Hussein remarqua un changement en moi, il trouvait que je devenais un peu négligente. La maison était souvent en désordre quand il rentrait, la table n'était pas mise et ça l'inquiétait. Il se disait que je me sentais mal vu que c'est la première fois que ça arrivait en 5 ans de mariage. Je lui dis de ne pas s'en inquiéter et que ça allait passer. Mais au fur et à mesure que le temps passait, je passais plus de temps sur internet qu'à m'occuper de la maison. Les discussions avec "Docteur K" était tellement passionnante. On parlait de tout et de rien pendant des heures. Hussein continua toujours de me faire les mêmes reproches mais c'était plus grave. Il avait l'habitude de me demander à chaque fois si j'avais prié pendant la journée, mes réponses étaient de moins en moins convaincantes. J'avoue que j'avais délaissé la prière. Quand l'heure arrivait, j'étais en ligne avec "Docteur K" et l'Adhan n'arrivait même pas à me faire lever. Je me faisais peur et je me rendis compte de la gravité de mon comportement quand Hussein me posa la question.

«Aïsha, tu sais que c'est toujours ton Hussein et que tu peux tout me dire». J'eu maintes fois l'envie de lui expliquer ce qui se passait mais je n'eu pas le courage. J'appréhendais sa réaction. «Il n'y a rien Hussein, je suis la même. Arrête de te faire des idées»

«C'est Roxanne qui te manque?» Il se mit à rire, mais seul cette fois-ci, Tu as prié?» Cette dernière question me mit hors de moi

«Hussein s'il te plait, je ne suis plus une enfant. Depuis tout à l'heure, tu ne cesses de me noyer de tes questions, Je te dis tout va bien mais tu insistes. Tu commences à m'agacer avec tes questions »

Hussein ne put dire un mot tant il était surpris. C’était la première fois que je haussais le ton. Il me regardait l’air inquiet, la bouche semi ouverte.

« Si tu me cherches, je suis au salon ».

Je me levai et parti. Je me sentais bizarre, triste, coupable. J’ouvris mon PC pour consulter celui qui était devenu, depuis quelques temps, mon psy. "Docteur K" ne cessait de me dire qu’il trouvait assez macho le fait qu’Hussein ait accepté que je ne veuille pas travailler et qu’il trouve que ma vie à la maison devait être ennuyante et monotone. Effectivement, je me sentais de plus en plus étouffée, prise au piège. "Docteur K" savait trouver les mots pour me réconforter. Il était tellement doux, sa voix était tellement chaude et rassurante.

Hussein ne me fit plus de remarques sur mon comportement et se comportait comme si rien ne s’était passé. Il me parlait toujours avec autant d’amour et d’attention. Je me sentais méchante de me comporter comme ça avec lui mais c’était plus fort que moi. Ma vie bascula lorsque "Docteur K" m’avoua qu’il ressentait quelque chose pour moi. Ça m’a tellement bouleversé. Pas parce que la nouvelle m’étonnait mais parce que j’avais l’impression de ressentir la même chose. J'aimais Hussein. Je l'aimais vraiment mais je ressentais quelque chose pour mon docteur. J'avais complètement délaissé la prière. Ma foi aussi en avait pris un coup, "Docteur K" et moi ne parlions plus de Hadiths, de Sunna mais on parlait de nous. De ce que notre vie aurait pu être si on s'était rencontré plus tôt. On avait même trouver un nom de couple "Docteur Kaïsha". Le nom me plu tellement que je lui demandai de m'appeler Kaïsha à chaque fois qu'on discutait. Dans un moment de lucidité je me dis "Mais qu'est ce qui t'arrive Aïsha? Tu es en train de tromper ton mari. Tu en train de comettre l'adultère. Tu ne pries plus. Tu ne t'occupes plus de ta maison. Mais où est passé ta crainte en Allah? Pense à tes parents, pense à tes enfants". Mais dès que j'ouvrais mon ordinateur, toutes ses pensées disparaissaient, le Sheytan avait gagné.

[…]

Cela faisait pratiquement 5 mois que je discutais avec mon docteur et il devait venir à Abidjan dans les jours à venir. J'étais partagé entre l'angoisse et la joie. Je n'arrivai plus à regarder ni Hussein, ni mes enfants. Yasmina me demandait toujours pourquoi j'étais triste et entendre sa voix me faisait fondre en larmes. J'avais l'impression qu'il n'y a qu'avec "Docteur K" que je me sentais bien. J'avais honte même de me tenir sur un tapis de prière, devant le Tout Puissant. Je savais qu'Hussein s'inquiétait pour moi mais il n'osait rien me demander. Le comportement amoureux qu'il gardait avec moi me rendait encore plus coupable. Mais ce sentiment disparaissait quand "Docteur K" était dans la place. Cela faisait une semaine qu'il était à Abidjan mais je n'eus pas le courage de le rencontrer, je trouvai toujours des excuses pour éviter une quelconque rencontre. Hussein devait se rendre en Egypte pour 2 semaines de travail. Quand il me l'annonça, je fus tellement contente mais je ne pus m'empêcher de lui mentir

«Oh Hussein, tu vas beaucoup me manquer chérie. Tu es vraiment obligé d'y aller?»

«Je n'y vais que pour 2 semaines bébé, en plus c'est le travail sinon moi même, faire 2 semaines loin de toi me donne déjà des boutons»

«Je t'aime Hussein» et je fondis en larmes. Pas parce qu'il partait mais parce que c'est la première fois que je lui mentais. Je me sentais odieuse.

«Ne pleure pas ma Aïsha. Je t'aime aussi et tu vas me manquer terriblement. C'est préférable que tu rentres chez tes parents avec les enfants. Tu as besoin de changer d'air et je veux pas que tu restes seule ici»

Le jour de son départ, il refusa que je l'accompagne à l'aéroport de peur que je ne me donne en spectacle. J'étais partagée entre joie, tristesse et colère. Colère contre moi. Colère contre Hussein qui partait en me laissant toute seule dans cette situation. Mais je ne pouvais pas lui en vouloir, officiellement pour lui tout allait bien. 2 jours déjà qu'il était parti.

Ce matin-là, j'étais d'une humeur massacrante. Ça faisait 3 jours que je n’avais pas pu parler à "Docteur K". Je me sentais ignoble, ignoble que la voix, que le visage d'un homme autre que mon mari me manque autant. Mon téléphone sonna.

«Allô? C'est qui?"

«Bonjour ma Kaïsha, comme tu m'as manqué»

«Docteur K? Tu as le don pour te foutre des gens heun»

«Comment ça? Qu'ai je fais?»

«Monsieur se permet de passer des journées sans m'appeler»

Il éclata de rire «Nooon Ma Kaïsha, tu n'y es pas du tout. J'étais un peu occupé par mon installation et tout. Et puis j'avais de la famille à voir, que je n’avais pas vu depuis longtemps, particulièrement un cousin qui devait voyager donc fallait que j'en profite. Tu es fâchée?»

«Non, qu'est ce qui te fait dire ca? Je n'aime pas juste qu'on se foute de moi»

«Ou bien serais-tu jalouse?»

Cette question résonna comme une bombe dans ma tête. Jalouse? Moi? A cause de cet homme? Cet homme dont j'ignorais encore le vrai nom? CET HOMME QUI N'ETAIT PAS MON MARI? C'était tellement absurde mais le plus absurde, c’est que c'était vrai. Les larmes perlaient sur mes joues.

«Allô Kaïsha? Tu es là? Ca va?»

«Je m'appelle Aïsha»

«Ah bon? J'avais oublié» dit-il en riant

«Et je suis mariée»

«Ça ne t'a pas empêché de me dire certaines choses. Tu sais, l'amour ne trie pas. Mariée ou pas, tu es susceptible de tomber amoureuse. Et je te l'ai déjà demandé si tu te sentais heureuse dans ton foyer, tu sais ce que tu m'as dis sinon je t'aurais laissé tranquille»

«Mais je...»

«Bref Kaïsha, je ne t'ai pas appelé pour ça. Appelle-moi quand tu seras plus calme»

Et il raccrocha le téléphone. J'étais arrivé à un point de non-retour.

Comment cela a pu arriver? Qu'est ce qui n'avait donc pas marché? Mes parents ne m'avaient pas éduqués comme ça. Une heure après, je pris mon téléphone et rappela le numéro

«Ca va maintenant?»

«Je veux te voir Docteur K!»

«Me voir?»

«Oui, te voir. Ça devait bien arriver non. Pourquoi pas maintenant?»

«C'est la chose que je voulais le plus entendre de ta bouche ma Kaïsha, rejoins moi aux champs Elysées, en face de l'ENA là»

«D'accord. J'y serais dans 1h maximum»

Cela peut vous paraitre stupide de ma part mais j'en avais marre de cette situation et je voulais y mettre un terme. Pourquoi je ne l'ai pas fait au téléphone? Il est fort. Il aurait dit une phrase qui allait me travailler l'esprit et finalement je n'allais réussir qu'à m'enfoncer encore plus. Il était 10h donc il fallait que j'y sois à 11h pour pouvoir vite revenir. Je voulais éviter les questions de mon père. Je ne voulais pas lui mentir. Je laissais Yasmine et Oumar avec ma mère et je prétextais une course pour pouvoir sortir. J'arrêtais un taxi et quelques minutes plus tard, j'étais en route. J'étais bouleversée mais décidée à mettre fin à tout ça et là je me rappelle que ces derniers temps, je n'avais pas vraiment consulté mon vrai Psy, Dieu.

"Ya Allah, pardonne-moi! Pardonne à ta fille, pardonne à ta servante. J'ai été égaré par le Sheytan mais maintenant je reviens à toi. Ô Seigneur, j'ai cherché du réconfort auprès de la créature en délaissant le Créateur. Ya Allah, pardonne-moi! Pardonne-moi! Pardonne-moi! Si Tu veux, punis moi dans ce bas-monde mais épargne moi de ton châtiment dans l'au-delà car certes Tu es le plus Miséricordieux, Al Rahman".

J'étais plongé dans mes invocations. Je me sentais tellement coupable. Le taxi se gara devant le Café-Théâtre et je descendis pour attendre. La minute qui a suivi, une X6 rouge se gara à mon niveau et les vitres baissèrent.

«Tu es encore plus belle en vrai»

Chers lecteurs, si j'ai un conseil à vous donner, quand vous êtes confrontés à certaines situations dont vous savez que le Sheytan (le diable)'est à l'origine, Fuyez les. Car il vous persécutera pour que vous succombiez à la tentation et certes Dieu àcréé l'homme faible.

A la vue de son si beau visage et de son sourire, j'oubliais même la raison de ma présence. Sa voix était encore plus douce et chaude qu'au téléphone. Son parfum était irrésistible. Tout en lui m'attirait. Et ma détermination se transforma en admiration. Sheytan avait tellement embelli la situation que je tombais sous le charme, une fois de plus. Tout ce que je pus dire

«Mon docteur»

«Oui. Ton docteur est enfin là. Ta guérison est proche. Montes, on va se balader un peu»

Je me souvins soudainement d’Hussein quand il m'avait ouvert la portière la première fois. Un sentiment étrange m'envahit. Je sais qu'en montant, j'allait être dans la tanière du loup, mais quel beau loup! Je m'installais confortablement dans la voiture, à côté de lui. Il me souriait. Il savait que j'étais tendue et il essaya de me rassurer. Il posa sa main Sur la mienne. J'étais lourde, je ne pus retirer ma main.

« Tu regrettes d’être venue ? »

« Moi-même, je ne sais pas vraiment. Au fait le "K" de "Docteur K" c’est pour quoi ? »

« Quelle question ! C’est pour Kaïsha ! Dieu Lui-même savait qu’en mettant ça comme identifiant, je m’inscrivais pour te rencontrer ». Et il me sourit. Il avait un de ces beaux sourires. Je ne pus retenir mes larmes. Je pensais à Yasmina, à Oumar, à ma mère et au modèle qu’elle avait toujours été pour moi, à Hussein. HUSSEIN ! Il avait une confiance aveugle en moi et moi qui le trahissais. Qu’est-ce que je faisais là ? Qu’est ce qui m’a pris de vouloir en arriver jusque-là ? Je voulais descendre, mais je n’en avais pas la force. La réalité était méchante, cruelle : je ne pourrais me résoudre à m’éloigner de mon docteur. Pourtant je ne savais rien de lui, pas même son prénom.

« Ma Kaïsha, pourquoi tu pleures ? J’ai dit quelque chose qu’il ne fallait pas ? »

Pourquoi je pleure ? Non mais il est sérieux là ? J’ai l’impression qu’il a oublié que j’étais une femme mariée, et une mère de surcroit ? Pouvais-je lui en vouloir vraiment ? Une femme mariée ne serait jamais assise dans sa voiture, seule avec lui.

« Bon, bon, je t’emmène quelque part »

« Tu m’emmènes où ? »

« Un docteur a toujours une salle de consultation. Crois-moi cette journée, tu ne l’oublieras pas »

Le sourire qu’il me lança, me glaça le dos. Un sourire rempli de sens. La voiture allait de plus en plus vite, je me sentais prise au piège. Mes larmes redoublèrent d'intensité. Il augmenta le volume de sa radio. Il ne souriait plus. Son visage s'était comme métamorphosé.

Kaïsha (3ème partie)

Commenter cet article

mankan 16/01/2014 19:05

de mieux en mieux! :)

Alnour 15/01/2014 05:53

hmm je vois la fin en meme temps, pourvu qu'il la laisse en vie... ce que jai pu comprendre dans cette vie la, cest ne faut jamais juger les autres en disant: " non jamais, moi je ne peux pas faire ce genre de chose..." car cest la la meme ke tu risk de tomber. Qu' Allah nous protege et nous guide.

nian innocent 14/01/2014 16:02

ça deviens trop triste!!! vite la fin...avant qu on ai maux de tete a force d imaginer comment ça va finir!!!

aaichanour 13/01/2014 23:33

iboun u es gravv!! xa ne pouvai po fnir en romance?? je ne lis plus meme...

yerimkader 13/01/2014 21:25

weeeeee plus on evolu et plus xa attein des sommet....trp trp bien...la suite...