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Kaïsha (1ère partie)

Publié le par Akhi_Biggii

Mon enfance auprès de mes parents fut des plus belles et des plus heureuses. Mes parents étaient formidables. Mon père gérait une quincaillerie à l'entrée du quartier et ma mère vendait des épices au marché. Ce qui me fascinait le plus chez eux, c'était l'amour qu'ils avaient l'un pour l'autre; un amour fort et sans pareil, que même leurs 30 années de mariage n'avaient pu diminuer. Je les admirais et je leur serai toujours reconnaissante pour le cadeau qu'ils m'ont fait; La Foi et la Crainte en Allah. En effet, mon père était un fervent croyant qui ne faisait rien sans invoquer le nom de Dieu. Un malheur lui arrivait: « Al Hamdoulilah ». Un bonheur lui arrivait: « Al Hamdoulilah ». Même quand on l'appelait, il disait « Al Hamdoulilah » avant de répondre. Je trouvais qu'il exagérait un peu mais je comprendrais bien plus tard qu'on ne dit jamais assez merci à Allah pour les bienfaits qu'Il nous accorde. L'autre particularité de mon père, c’était qu'il était très calme et très patient, à la différence des pères de mes amis qui, eux, n'hésitaient pas à user de violence et de cris pour se faire comprendre. Le résultat était là, ils avaient tous peur de leur père mais peu les respectait vraiment. Alors que moi je respectais, j'admirais et j'aimais mon père, Mr Fall, celui que les gens du quartier avaient surnommé "Al Hamdoulilah", parce que même le nom de sa quincaillerie était "Al Hamdoulilah". Mon père était unique en son genre.
Ma mère, quand à elle, était pour moi la femme dont parlait le prophète Mohamed (bénédiction et salut soient sur lui), dans le hadith rapporté par An-Naça'iyy d'après Abou Hourayrah (que Allah l'agrée), quand on l’interrogea sur la meilleure des femmes pour son mari, « C'est celle qui le réjouit lorsqu'il la voit, et qui lui obéit lorsqu'il lui ordonne et qui ne le contredit ni en elle-même ni en son bien par quelque chose qu'il détesterait ». Elle était mon modèle. Malgré de nombreuses épreuves, elle a su garder la paix et la quiétude dans son foyer. Raison pour laquelle mon père n'a jamais voulu prendre une deuxième femme, et ce n’est pas les occasions qui manquaient.
Assez parler de mes parents, Je me nomme Aïsha, Aïsha Fall. Les gens de la communauté m’appelaient "maman" ou "la Mère des croyants". J'en étais très fière et cela m'encourageait dans ma Foi et dans ma religion. Je ne devais surtout pas "gâter mon nom". J'étais le dernier enfant de mes parents et la seule fille. J'avais 4 frères. Je ne connu le plus grand qu'à mes 18 ans car il résidait dans un autre pays et ce n’était pas évident pour lui de venir tout le temps nous voir. Moi je venais d'obtenir mon BAC avec la mention "Assez Bien". Mon père était très fier et je n'oublierai jamais ce qu'il m'a dit ce jour là "Mon Sani [1], tu es la plus grande bénédiction qu'Allah SWA m'ait accordé". J'étais brillante à l'école. Au quartier, j'étais pratiquement la seule fille de mon âge qui n’avait pas encore d'enfants. Faut dire que mon Hijab décourageait les regards pervers et ma froideur s'occupait de ceux que mon voile n'a pas réussi à décourager. Je voulais un mari pieux, un homme comme mon père pour qui je serais soumise comme ma mère. Un homme qui me fera augmenter mon Iman [2] et non la diminuer. Je me répétais toujours intérieurement "Crains Allah! Crains Allah" quand je sentais mon cœur fléchir sous l'effet de belles paroles ou d'un beau visage ou encore d'une belle odeur. "Ne tente pas le Sheytan, Baisse le regard ma fille!" me suis-je toujours dis.
Mon premier jour de cours dans ma nouvelle école fut assez bizarre. C'était la première fois que je me déplaçais aussi loin pour m'y rendre. Sur le trajet, les gens me dévisageaient, murmuraient à mon passage. Cela me dérangeait énormément mais je fis semblant de ne rien remarquer. Une fois en classe, je choisis le dernier banc, juste en face du Climatiseur. Je me dis que cette place pourra servir dans les moments de chaleur. C'est seulement quand je vis les autres brasser leur éventail malgré l'air conditionné que je compris ces regards et ces murmures. Il faisait une chaleur à cuire un œuf sur le trottoir mais moi je ne sentais rien. Je compris qu’ils devaient avoir pitié à ma place comme le disait ma voisine au lycée « Tchiii ma chérie, j'ai chaud à ta place mm », je me disais toujours intérieurement avec un soupir « Ya Allah, si seulement ils savaient ».
Il devait être 14h ce jour là, quand je descendis des cours plus tôt que prévu. Mr Akré, une fois de plus, avait un problème avec son véhicule. Je me disais qu'avec tout ce qu'il gagnait, changer cette vieille Nissan devait être comme s'acheter une nouvelle brosse à dents. Mais pourquoi il ne le faisait pas, Seul Dieu sait. Je venais à peine de rater mon express, ce qui me mit tout de suite de mauvaise humeur car en plus mes chaussures venaient de me lâcher, les semelles s'étant décollés. Je me rendis donc chez un cordonnier pas loin. Je le trouvai au téléphone, il me fit signe de m'asseoir. J'étais tellement sur les nerfs que j'oubliais de saluer ceux qui étaient sur place, je m'excusais quelques minutes plus tard et je dis Bonjour, assez gênée. Certains me répondirent, d'autres non. Le jeune homme à côté de moi lui me répondit avec un Salam, ce qui me mit encore plus mal à l'aise, je me dis qu'il me narguait comme ne manquait jamais de le faire les garçons de ma classe. Je décide de l'ignorer. Une fois le travail fait, je me rendis compte que je n'avais plus de monnaie donc je lui tendis un billet de 2000Frcs pour un règlement de 200Frcs, le cordonnier me répondit avec dédain « Je n'ai pas de monnaie! » comme si c'était à moi d'en trouver. Je lui fis la remarque et il s'emporta, gesticulant et criant n'importe comment. Moi je voulais juste me débarrasser de lui car il ne fallait pas que je rate une fois de plus mon bus. Soudain le jeune homme qui m'avait répondu par un Salam, lui tendit une pièce de 500Frcs et lui dit « Calmez vous, voyons! Tenez. Enlevez ce qu'elle vous doit et, il prit une bouteille de jus de fruit dans la glacière d'à côté, donnez la monnaie à ma tantie là, pour la bouteille ». Ensuite, en me tendant la bouteille, il me dit « Calmez vous aussi ma sœur, tenez cette bouteille, avec cette chaleur et tout ce film, vous en avez besoin » avec un petit sourire. Il ne me laissa même pas répondre tout ce que je pus dire c'est « Non, ce n'est... ». A peine je finis ma phrase, il glissa la bouteille dans mon sac et s'en alla aussitôt. Je n'en revenais pas; il ne m'a pas demandé mon numéro de téléphone, ni même mon nom; il m'a offert une boisson gratuitement, sans rien demander. Une parole de ma mère me vint en tête « N’dé [3], si quelqu'un te dit Allons boire quelque chose, n'y vas surtout pas, il voudra que tu le remercies comme si il venait de te sauver la vie ». Le Klaxon de mon bus me tira de mes pensées.
On venait de finir l'année scolaire. Mr Akré avait enfin changé sa vieille Nissan. Je l'appréciais bien ce prof. Le seul à ne pas avoir fait de remarques sarcastiques sur mon voile. Lui, il était vraiment drôle. Il avait un accent particulier qui rendait tout ce qu'il disait comique. Je devais lui apporter son attaché-case qu'il avait oublié dans la salle des profs. Il m'attendait au parking de l'école. Je le trouvai en train de discuter chaleureusement avec une personne. Je lui remis son affaire et je saluais l'autre personne avant de me retirer. « Bonjour monsieur » et j'entendis « Alleykoum Salam ma sœur ». Je le regardais avec étonnement et il continua « Je n’ai même pas pu demander si le jus de fruit était bon, quel négligeant je fais » en riant. Je me mis aussi à rire sans savoir vraiment ce qu'il y avait de drôle. « AH OUAAII, C'EST LUI! » me suis-je dis intérieurement, « Le distributeur de boisson gratuite ». Cette dernière remarque m'échappa et ils se mirent à rire. J'étais gênée, je me suis retournée « Au revoir Mr Akré, je dois y aller ». Et je m'efforçais d'avoir une démarche normale pour ne pas montrer ma gêne. "Qu'il est beau" fut la première pensée qui me traversait l'esprit, je la chassais vite. Arrivée au carrefour, j'entendis un klaxon et une voiture se gara à mon niveau. « Montez, je vous dépose ». C'était encore lui. Je refusais poliment mais il avait déjà ouvert la portière, « je sais que vous allez vers le palais des sports, c'est sur ma route, allez montez ». Je n'avais aucune raison de refuser. J'aurai pu avoir une raison religieuse mais il est avec une autre fille dans la voiture, qui devait surement être sa soeur et on avait le même uniforme. Quelques minutes plus tard, on était déjà en route. « Moi c'est Lambert et c'est ma femme, Gertrude » La fille se mit à rire. Je ne sais pas pourquoi d’ailleurs, moi je ne trouvais rien de drôle. « Ouhlaa! Souris ma soeur, ça fait du bien heun, en plus c'est Sunna » HEUN?? QUOI?? Il a dit "Sunna". C'était la première personne qui m'était étrangère qui prononçait ce mot. Je me sentis tout de suite stupide car il avait raison en plus. Il ne méritait pas que je sois autant sur la défensive, tout ce qu'il voulait c'est que je me detende. Je me rendis compte que ce qu'il avait dit tout à l’heure n'était pas son vrai nom et ça m'a fait rire tant le nom était "spécial". "VOILAAA! Je reconnais ma soeur maintenant »

« Lambert, tu as un nom assez spécial »

« Ah! On se tutoie maintenant? De mieux en mieux » Je ne pus m'empêcher de rire « Plus sérieusement, moi c'est Hussein, Hussein Diarra et elle c'est ma soeur Samira »

« Saluuut! » Dit-elle.

« Salut. Je m’appelle Aïsha, Aïsha Fall »

« Aïsha, aaaah! La mère des croyants. Enchanté et ravi de mettre enfin un nom sur ce visage, dit-il, tu as aimé le jus de fruits? »

« Oui, oui. Mais j'étais plus surprise que désaltérée »

« Si je t'avais laissé parler, tu aurais refusé soit par fierté, soit par orgueil, alors que t'en avais apparemment besoin. Bon, on est enfin arrivé, tu veux que je te dépose plus loin ou c'est bon ici »

« Si si, ça va ici, je ne suis plus très loin de chez moi. Barrak Allah oufik »

« Amine. Ce fut un plaisir de t'avoir fait enfin sourire »

Je descendis, il me fit signe de la main et il démarra. 2 fois! Ca fait 2 fois qu'il a eu l'occasion de me demander mon numéro et il l'a pas fait. Soit il se fie au destin pour pouvoir me revoir ou il ne veut simplement PAS me revoir. Pffff, je me prenais sûrement la tête pour rien.
Les mois passèrent. J'entamais ma deuxième année BTS sans souci. Les gens s'étant habitués à mon hijab. Je m'étais mm fait des amies. Parmi elles, des "musulmanes modérées" comme elles aimaient s'appeler. Mais j'avais plein d'autres amis, chrétiens comme païens. La religion m'importait peu, tant que la bonne moralité y était. Je revis quelques rares fois Samira, faut dire que nos emplois du temps étaient opposés, mais je n'y pensais plus trop. Un mercredi après-midi, elle vint me proposer d'aller déjeuner, ça faisait longtemps qu’on n’avait pas bavardé. On se rendit dans un fast food pas loin de l'école. On se mit à parler de tout et de rien pendant quelques minutes jusqu'à ce que son téléphone sonne, elle avait reçu un message, elle s'excusa et se leva. Quelques minutes après, elle revint mais elle n'était pas seule, Hussein était avec elle. Mon cœur fit un bond, mon estomac se noua. Je me surpris en train de stresser et je ne savais même pas pourquoi.

« Salam Alleykoum ma sœur »

« Alleykoum salam »

« Comment tu vas la mère des croyants? »

« Bien, par la grâce de Dieu, toi aussi apparemment vu ta mine radieuse »

« Ah bon? Moi qui trouvait que j'avais une tête du lundi matin » fit-il en grimaçant.

J'étouffais un rire « Tu es toujours comme ça?? »

« Sourire c'est Sunna! » répondit-il en riant.

« Samira, pourquoi tu m'as tendu ce piège? »

« Ne vois pas ça comme un piège, vois ça juste comme un déjeuner avec un invité surprise » et les deux se mirent à rire.

« Bon moi je vous laisse heun, Aïsha, on desserre le piège, tu peux t'envoler. Samira, je te fais confiance, j'attends ton appel ».

Il s'en alla aussitôt. Il avait le chic pour disparaitre aussi soudainement qu'il apparait. Mais il n'avait pas tort sur un point, il n'avait pas vraiment bonne mine. Son teint était blafard, il avait des cernes comme quelqu'un qui avait besoin d'un bon sommeil. « C'est bon, ca va, redescends, il est parti ». Samira venait de me tirer de mes pensées, je répondis, confuse « De... De quoi tu parles? » Et on se mit à rire. Ensuite elle prit un ton sérieux :

« Tu as quelqu'un dans ta vie? ».

Je ne me souvins plus de ce que j'ai répondu, ni de ce qui s'est passé après même d'ailleurs; le trou noir.

[1] Or en malinké

[2] La Foi

[3] Mon enfant en malinké

Kaïsha (1ère partie)

Commenter cet article

André Fabrice 06/01/2016 13:51

Moi qui suit pas trop lecture, je viens de me supprendre à lire toute ta nouvelle sans interruption... meme les mots definis, Lol.
c'est une histoire très captivante.
Je peux savoir, c'est quoi ou c'est qui "Sunna"?... Lambert (lol, plutot Husein) avait tendance à utiliser quand il parlais avec Fall. Merci

⇑ Wake Up! ⇑ ⇑ 06/01/2016 14:12

Merci bro. Pour avoir pris le temps de lire. Ca fait plaisir. On peut traduire Sunna par tradition, en Islam, Sunna, c'est l'ensemble des actes que le prophète Mohamed, paix et benediction de Dieu soit sur Lui, a posé ou a recommandé au reste de la communauté.

N'hesite pas à lire les autres parties

hassan christian 19/11/2014 22:54

non cest tres tres reussit et apetissant comme nouvelle . jaim bien le cotee satirique de tn recit. CHAPEAU

tuo issa 08/01/2014 00:55

super bien je kiff

mankan 07/01/2014 19:52

c'est bien écrit, belle histoire qui nous tiendra en haleine les semaines à venir j'en suis sûr. peut être espacer un peu pour faciliter la lecture.

⇑ Wake Up! ⇑ ⇑ 09/01/2014 19:57

Merci famille. Pour l'espacement, j'essaierai de voir avec le site mm.

yerimkader 07/01/2014 18:26

wesh el padre (enfin Ibrahim...), jsui vraimen conten et fier c du bon vremen du bon pr une premiere nouvelle la c assez entrainan et plaisan Mr G. n'a ap depense son argent kdo.. vivemen la suite